Chaque fois que je marche sur ces longs boulevards ou lorsque je suis
assise dans une des terrasses des cafés de la ville, j’osais regarder autour de
moi et contempler ce monde étrange qui m’entourait, ces gens qui passent devant
moi sans s’arrêter. Ils étaient pressés… Mes regards étaient toujours inquiets
et mes yeux cherchaient toujours de la beauté et de la sensibilité… Quelques
fois je n’apercevais plus ce qui se passait autour de moi, seules des
transformations et des métamorphoses. Tout disparaissait, les immenses
immeubles, les larges routes et le vacarme de la circulation. Tous devenaient
des ombres et des nuances.
Je voulais dépasser ces longs barrages qui cachaient derrière
eux l’immensité d’un autre monde plus beau, voire sensible. Un monde
merveilleux, celui qui se caractérise par la simplicité. Je voulais pénétrer ce
nouveau univers, celui de la paix et du bonheur car je ne supportais plus la
tristesse et la mélancolie qui m’envahissaient.
Je désirais être libre, m’envoler le plus loin possible, toucher le
ciel bleu qui n’a jamais changé de couleur et de forme depuis la nuit des
temps. Atteindre les sommets et les altitudes, courir les champs, et rêver sur
les grèves de la mer…
Je jetais des coups d’œil autour de moi, je regardais les gens passer,
une femme, un homme, une foule… Que des silhouettes, que des âmes vides,
fragiles et dénudées. Les traits de leurs visages reflétaient la fatigue et la
mort… Ils s’agitaient dans tous les sens, un pas, deux pas, trois pas… ils
avaient des regards insensés, des regards qui ne reflètent que des émotions
sèches et rudes…
Ces horribles figures remplies de haine, d’égoïsme et de mensonges me
faisaient si peur que j’étais incapable de les toucher. Je n’ai pas pu
découvrir ces substances froides qui m’effrayaient car je les ressentais
seulement…
Ce vide, je le ressentais au fond de moi, il me faisait tant de mal et
de calamité. C’était une douleur qui m’était insupportable. Je ne
pouvais guère l’extériorisée parce qu’elle parvenait d’autrui, d’un autre qui
peut faire tout pour atteindre ses objectifs, un être qui ne pense pas aux
souffrances de ceux qui l’aiment, à son pays, cet être égoïste ne pense qu’à
lui…
C’est ainsi que cette solitude revint en moi. Ce sentiment,
je ne le vivais pas au paravent, il ne date pas d’hier, il avait commencé à
prendre forme depuis quelques semaines ou quelques mois.
A chaque fois que je ressentais ce vide, je revenais en arrière… je
pensais aux beaux moments que j’ai passés avec mes amis, tout ces beaux
instants passaient si vite et il n’en restait que des souvenirs. Un souvenir
qui fait vivre en moi de la nostalgie ? qui me rappelle tant de personnes
avec qui j’ai partagé les plus beaux jours de ma vie. Je n’en veux
guère à Lamartine d’avoir dit un jour : « oh ! Temps suspends ton
vol ! ».
La Séparation était un spectre qui me suivait et me suit partout, il
ne faisait qu’augmenter ma solitude. Les sombres nuages de la solitude me
dissimulaient le soleil de l’amitié. Mon âme ne supportait plus, je me sentais
un corps faible qui voulait sortir d’un cachot de souffrances et de douleurs.
Je voyais mes jours finir, je ne supportais plus cet étranglement.
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